Vivre jusqu'au bout dans la dignité

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Vivre jusqu'au bout dans la dignité

Message  Martine le Mer 30 Avr - 10:37

Je fais partie d'une association pour laquelle le respect de la dignité est une des valeurs fondamentales qui caractérise notre condition d'humains. Malheureusement pour des questions économiques, religieuses, par égoïsme, bêtise ou ignorance, cette valeur est souvent bafouée.
J'aimerais beaucoup ouvrir une discussion sur ce thème universel qui me tient à coeur et qui concerne tout autant : l'enfant que la personne âgée.


Dernière édition par Martine le Ven 12 Sep - 12:05, édité 1 fois

Martine

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Re: Vivre jusqu'au bout dans la dignité

Message  JEN le Mer 30 Avr - 17:12

Vous me semblez bien idéaliste, Martine, avec votre exigence de dignité. Normalement la charte des droits de l'homme et du citoyen devrait la garantir pour tous. Malheureusement la vie n'est pas simple... Je considère que le niveau zéro de la dignité, ne peut être atteint que si :
  • on mange à sa faim
    que sa vie ou celle de sa famille n'est pas menacée (guerres pogrom, génocides...)
    que l'on a accès à un minimum de soin
    qu'on est libre de penser et de croire

Vous voyez ça limite déjà un peu le nombre des bénéficiaires. pale
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JEN

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c'est après que ça se gâte

Message  Joce le Lun 5 Mai - 12:54

C'est connu : "Tous les hommes naissent libres et égaux en droit..." c'est après que ça se gâte : éducation, vie professionnelle, etc. La seule vraie égalité, c'est la mort.

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Re: Vivre jusqu'au bout dans la dignité

Message  Jacques le Dim 11 Mai - 19:55

Je ne suis pas du tout d'accord avec vous, si la dignité est bafouée pendant la vie, elle peut aussi l'être dans les circonstances de la mort, car on ne meurt pas tous de la même manière. Pour certains, leurs agonies sont un avant-goût de l'enfer, pour les autres, ça se passe mieux, même si dans tous les cas ce n'est jamais une partie de plaisir. Ce n'est pas un hasard si le nombre des suicides chez les personnes âgées est le plus important de toutes les classes d'âges. Nous avons là un problème que notre société ne sait pas encore traiter, et qui nous concerne tous...

Jacques

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Re: Vivre jusqu'au bout dans la dignité

Message  Joguet le Lun 19 Mai - 12:32

Ce n’est pas parce que la dignité est souvent bafouée, que les problèmes sont nombreux et inextricables, qu’il faille baisser les bras. On doit, au contraire essayer, dans la modeste mesure de nos moyens de faire progresser les consciences, de secourir quand on le peut, et surtout d’éduquer pour faire reculer la barbarie. Reconnaissez que les états ne bougent que sous la pression leurs opinions publiques, qui elles-mêmes ne progressent que quand elles sont influencées par des groupes de pression actifs, et les associations les plus diverses.
Pour ma part j’apporte mon concours à deux associations : « l’ADMD » et «Enfance et Partage». La première milite pour une fin de vie digne, et la seconde combat la maltraitance des enfants. Si mon action individuelle est dérisoire, des milliers, des millions d’actions individuelles contribuent à changer le monde.

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Bienvenue

Message  JEN le Lun 19 Mai - 19:39

Bienvenue sur ce forum, avec cette double appartenance vous êtes une précieuse recrue, puisque que vous vous occupez à la fois de l'enfance et de la fin de vie ! Cette double implication est sans doute un signe d'altruisme et de générosité.

Faisant moi-même partie de l'ADMD, je connais assez bien son combat. Si je suis d'accord sur la cause défendue par cette association : permettre la "bonne mort" et abréger les agonies inutiles, en revanche je ne suis pas du tout d'accord sur la manière d'atteindre l'objectif. Je suis en particulier contre l'exploitation des "cas médiatiques".

L'ADMD ferait mieux de faire connaître la loi Léonetti qui résoud 95 % des problèmes et surtout peut permettre de faire changer en douceur les mentalités. Une opinion publique, ça s'apprivoise, ça s'éduque. Sur ce sujet, l'association devrait communiquer de manière POSITIVE et non négative et même de manière assez morbide, qui risque de devenir assez sectaire et radicaliser les contres ou les indécis. Il faut se méfier du militantisme, parfois il nous rend prisonnier de dogmes.


Dernière édition par JEN le Mar 27 Mai - 19:08, édité 1 fois
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Fin de vie

Message  Leo le Lun 26 Mai - 11:19

Je suis comme Joce, très préoccupée par la qualité de la fin de vie (notamment de la mienne qui ne devrait pas être très proche, mais...on ne sait jamais) et je cherche beaucoup à m'informer sur la possibilité de choisir ma fin de vie

Leo
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fin de vie

Message  Marilou le Lun 26 Mai - 12:32

Leo a écrit:Je suis comme Joce, très préoccupée par la qualité de la fin de vie - notamment de la mienne qui ne devrait pas être très proche, mais...on ne sait jamais - et je cherche beaucoup à m'informer sur la possibilité de choisir ma fin de vie
Voici l'adresse de l'association du droit de mourir dans la dignité : www.admd.net

Marilou

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Re: Vivre jusqu'au bout dans la dignité

Message  Joguet le Mer 28 Mai - 20:19

Merci Marilou d’avoir donné l’adresse du site internet de notre
association. Les adhérents de l’Egpe pourront voir comment nous abordons
le sujet de la fin de vie, les droits des malades et le problème de
l’euthanasie que nous préférons appeler suivant son étymologie :« la
bonne mort ».
Je suis prête à répondre à toutes les questions que vous vous posez, et
même aux éventuelle critiques car il s’agit là de domaines très
sensibles dans lesquels il peut y avoir de vives polémiques[justify]

Joguet

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Re: Vivre jusqu'au bout dans la dignité

Message  Martine le Ven 30 Mai - 9:35

J’ai assisté à une confrontation entre des pro et des anti-euthanasie (www.France5.fr émission « c’est dans l’air »). Ce qui m’a frappé, c’est que les différents protagonistes pro et anti se mettent difficilement à la place des autres.

Les médecins anti avancent :
1- Que l’on a désormais des moyens de lutter contre la douleur dans 99% des cas, et que, en conséquence, la demande de mourir devient inutile. Dans le pire des cas, on peut mettre le malade en phase terminale en sédation, puis ne plus l’alimenter en attendant que la mort survienne par épuisement.
2- Que la vocation des médecins est de soigner et non de donner la mort.
Ces arguments sont recevables.

Les juristes de tous bords (anti et pro) avancent :
Que le suicide est une liberté et non un droit. Chacun aurait donc la faculté de se suicider si bon lui semble… Ceci est théoriquement juste et pratiquement faux ! Pour se suicider, il faut avoir la connaissance des moyens pour le faire. On a bien sûr de nombreuses possibilités : le fusil de chasse, s’ouvrir les veines, se jeter sous le métro, se mettre la tête dans la cuisinière, avaler une dose massive de barbituriques, ou étouffer, la tête dans le sac en plastique, etc. reconnaissons cependant que ces moyens sont indignes du XXI ème siècle, et que beaucoup de malades en phase terminale sont incapables de les mettre en œuvre.
C’est d’ailleurs uniquement pour cela qu’ils sont obligés de faire appel à un tiers, et en particulier à un médecin (car il a accès aux drogues létales). Qui serait humainement le mieux placé pour faire le « sale travail » : s’il est anti, et ce geste altruiste : s’il est pro ?

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Vivre dans la dignité

Message  nominoë le Sam 31 Mai - 18:49

Découvrant ce forum, attiré par son thème engageant et ayant parcouru attentivement les opinions exprimées, je constate qu'elles concernent bien davantage la dignité de la mort que celle de la vie. Pour revenir à cette période d'agitation à laquelle la mort finit par mettre un terme, après lui avoir donné un but, qui fait que des hommes et des femmes se cramponnent à l’effort de conserver un sens à leur vie, peut-on considérer que vivre humainement, n'est-ce pas persister à assumer une volonté d'agir, envers et contre tout ? C'est même ainsi qu'on définit le mieux la dignité, la première vertu quotidienne. Elle ne signifie rien d'autre que la capacité de l'individu de demeurer un sujet pourvu de volonté ; ce simple fait le maintient à l'intérieur de l'espèce humaine. Cette aspiration façonne leurs attitudes à l’égard du monde, modifie l’exercice de leurs capacités cognitives et donne forme à leurs désirs, à leurs émotions et à leur imagination. Cet intérêt est la principale manifestation de la probité que les êtres humains se doivent les uns aux autres et se nomme témoignage de considération, par la rencontre de leurs regards, qui établit la base la plus parfaite des relations réciproques. Et à nos yeux, c’est cette bienveillance, dont DIOGÈNE de Sinope disait que c’était ce qui vieillissait le plus rapidement chez les êtres humains, cette attention portée à la pondération de la relation interindividuelle qui participe à caractériser la subtile spécificité de notre genre.

La dignité serait donc volontaire, et la volonté stigmate de la dignité. À ce sujet, BAUDELAIRE rapporte l'anecdote suivante, dans ses "Paradis artificiels" : « Balzac pensait sans doute qu’il n’est pas pour l’homme de plus grande honte ni de plus vive souffrance que l’abdication de sa volonté. Je l’ai vu une fois, dans une réunion (il s'agit du Club des Haschischins) où il était question des effets prodigieux du haschisch. Il écoutait et questionnait avec une attention et une vivacité amusantes. Les personnes qui l’ont connu devinent qu’il devait être intéressé. Mais l’idée de penser malgré lui-même le choquait vivement. On lui présenta du dawamesk ; il l’examina, le flaira et le rendit sans y toucher. La lutte entre sa curiosité presque enfantine et sa répugnance pour l’abdication se trahissait sur son visage expressif d’une manière frappante. L’amour de la dignité l’emporta. En effet, il est difficile de se figurer le théoricien de la volonté, ce jumeau spirituel de Louis Lambert, consentant à perdre une parcelle de cette précieuse substance. »

Mais reconnaissons toutefois que toute croyance à la valeur et à la dignité de la vie repose sur une pensée inexacte ; elle est possible seulement parce que la sympathie pour la vie et les souffrances universelles de l’humanité est très faiblement développée dans l’individu. La dignité, c'est donc aussi la capacité de s'insurger contre l'injustice. « L’indifférence et l’irrésolution sont le plus bas degré de la liberté » affirmait DESCARTES. On proteste bien trop souvent au nom de la "dignité humaine", mais il ne s'agit bien souvent, pour parler plus simplement, que de cette vanité chérie qui regarde comme le sort le plus dur de n’être pas sur un pied d’égalité, d’être publiquement compté pour inférieur, de se croire bafoué dans sa dignité parce qu'un autre pourrait croire stupidement la sienne rehaussée au prix de l'abaissement de la nôtre. Le cynique pense autrement à ce sujet, parce qu’il méprise l’honneur ; et c’est ainsi que DIOGÈNE de Sinope fut un temps esclave et précepteur domestique.

La dignité humaine, en vérité, est reconnue dans la nature ; lorsqu’on veut éloigner les oiseaux des arbres, on dispose quelque chose qui ressemble à un homme et, même lointaine, cette ressemblance de l’épouvantail avec un homme suffit à inspirer le respect. Et pour répondre facétieusement aux nobles préoccupations de JEN sur le sort indigne fait parfois aux enfants, je citerai Philippe BOUVARD qui écrit dans son Journal : « S’il se constitue un jour une association pour la dignité des enfants, elle devra protester en priorité contre les articulets qui croient utile, à propos de nombreuses naissances, de préciser le poids exact du nouveau-né, comme s’il s’agissait d’un rôti livré par la boucherie du quartier. »

Woody ALLEN disait à propos de la dignité de sa mort :" Je sais bien que je vais mourir un jour, mais je préfère ne pas être là pour voir ça." Continuons donc sur ce forum à nous exprimer sans retenue et à nous moquer de la mort qui se moque si bien de nous. L’intelligence incite à la réflexion, et la réflexion conduit au scepticisme. Le scepticisme, lui, vous mène à l’ironie. L’ironie, cette mélancolie de la lucidité, à son tour, vous présente à l’esprit — qui se trouve en apport direct avec l’humour — qui fait si bon ménage avec la fantaisie. Et la vie devient une chose délicieuse, aussitôt qu’on décide dignement de ne plus la prendre au sérieux.

nominoë

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Re: Vivre jusqu'au bout dans la dignité

Message  Joce le Dim 1 Juin - 19:01

Sublime, la fin...
"L’intelligence incite à la réflexion, et la réflexion conduit au scepticisme. Le scepticisme, lui, vous mène à l’ironie. L’ironie, cette mélancolie de la lucidité, à son tour, vous présente à l’esprit — qui se trouve en apport direct avec l’humour — qui fait si bon ménage avec la fantaisie. Et la vie devient une chose délicieuse, aussitôt qu’on décide dignement de ne plus la prendre au sérieux".
Merci.

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Vivre jusqu'au bout dans la dignité

Message  Joce le Lun 2 Juin - 16:46

Nominoë fait justement remarquer qu'on parle ici plus de la dignité de la fin de vie que de celle au cours de la vie.
Sans doute est-ce parce qu'en cette période difficile, la dignité est plus souvent mise à mal, et que les gens âgés ou très malades sont dans une situation de vulnérabilité particulière.
Cependant l'expression "Mourir dans la dignité" me semble très ambiguë, suivant que cette dignité revendiquée est un DROIT ou un DEVOIR !
Devoir :
- avoir un comportement digne avant de mourir : c'est à dire avoir été assez prévoyant pour ne pas provoquer un "enfer" pour ses proches, et en ayant pris quelques précautions de son vivant.
Droit :
- avoir le droit de finir ses jours sans éprouver de souffrances inutiles, de dégradations ou d'avilissement excessif.

Il y a un proverbe qui dit : "on meurt bien ou mal, comme on a vécu".

Joce

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Vivre dans la dignité

Message  Gaby le Sam 7 Juin - 14:40

Je reviens sur ce forum après quelques temps d'absence et je trouve que la réflexion a bien progressé. Je note aussi que les générations de 50 ans et plus ont beaucoup à dire sur ce sujet.
Bien qu'active et en bonne santé, je suis pourtant très préoccupée de pouvoir mourir dans la dignité (peur d'Alzheimer ou autre), c'est-à-dire comme un être humain libre, pensant et communiquant et je suis inquiète pour ma fin de vie.
Je suis toujours étonnée de voir rappeler la loi Léonetti dans les cas soulevés par la presse lorsqu'une personne demande à mourir dans la dignité. Je veux agir pour que le "droit de mourir dans la dignité" soit reconnu comme "le droit de mourir sans souffrir".
Cela implique :
- l'abandon du concept judéo chrétien : "c'est Dieu qui décide de la mort d'un être humain" ce qui s'oppose au choix individuel de choisir le moment de sa propre mort ;
- une définition de la "dignité d'un être humain" qui devra être aussi claire que la mort constatée par un encéphalogramme plat.
Cela évitera que l'on oppose sans cesse à la demande de "mourir dans la dignité", le droit mal appliqué de "mourir sans souffrir" : ce sont deux concepts indispensables et complémentaires.

Gaby
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re: à Gaby

Message  Joguet le Lun 23 Juin - 16:32

[justify]
La dignité c'est quoi ?


Nous pouvons comprendre la dignité de plusieurs manières : celle que l'on veut pour soi-même et celle que l'on voudrait pour l'autre. Je me ressens comme digne dans le regard d'autrui. Il me semble que la dignité est une notion à mettre dans le même panier que la volonté, la lucidité et pourquoi pas le bonheur !

Seulement, voilà, pour qu'il y ait dignité, il faudrait que nos désirs soient respectés ! En particulier celui de vouloir finir dignement sa fin de vie, c'est-à-dire sans soufrance inutile. Il y a désormais une loi : la loi LEONETTI. Elle nous donne des droits que nous ne sommes pas encore en mesure d'exiger du corps médical, généralement par la méconnaissance que nous en avons.

Il faut se rendre à l'évidence : les médecins ne se précipitent pas pour mettre en pratique cette loi. D'abord parce que peu d'entre eux la connaîsse, mais aussi parce que son application leur fera perdre certains de leurs pouvoirs.

Il faut se préparer à lutter pour faire respecter notre choix de fin de vie, jusqu'à recourir à un avocat, sans hésiter.

Et, dans le cas où nous ne serions plus lucide, c'est notre personne de confiance, (que nous avons bien sur, désigné dans nos directives anticipées) qui aura la charge de faire respecter nos dernières volontés. Ces documents seront joints à notre dossier médical et tous nos proches seront informés de leur existence.

En attendant une nouvelle loi autorisant 'la bonne mort" (sachant que les VERTS avec N. MAMERE le PS avec LAURENT Fabuis, et l'UMP avec MARTINEZ viennent chacun de proposer un projet de loi, à peine différents les uns des autres). Le combat n'est pas terminé mais l'histoire est en marche.

Malgré ses manques, car rien n'est parfait, je soutiens l'action de l'A D M D (45.000 mille adhérents, mais est-ce suffisant pour faire bouger le curseur!) qui essaie de faire avancer la cause d'une mort digne pour tous.

Je serais trés heureuse de continuer ces discutions et de nous enrichir de nos réflexions pour arriver à repousser certaines de nos limites, et conquérir une nouvelle liberté !

Joguet[/justify

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Dignité, tabou de la mort et euthanasie

Message  JEN le Dim 29 Juin - 16:16

Je ne pense pas qu'avoir 45 000 adhérents soit suffisant pour faire bouger le curseur...

Il y a fondamentalement un tabou à propos de la mort. Il est si fort que nombreux sont ceux (membres de l'ADMD inclus) qui sont inhibés lorsqu’il en devient question, et qui « oublient » que la mort, si elle est rarement une partie de plaisir est une étape NORMALE du processus vital.

Lorsqu’’une personne incurable arrivée en fin de vie souhaite en finir parce qu’elle n’a plus aucune issue que la souffrance physique et morale (la sienne et celle de ses proches), ainsi que la dégradation physique, sa volonté devrait être respectée. C'est une question de liberté et de bon sens. La loi LEONETTI (qu'au moins 75 % des médecins et des citoyens ignorent totalement) permet le « laisser mourir » (pas d’acharnement thérapeutique), elle permet aussi le suicide assisté par sédation terminale (on plonge le malade dans le coma et on le laisse mourir par déshydratation – ou s’il y est déjà : on retire la sonde gastrique).

Fondamentalement, est-ce éthiquement plus acceptable que de permettre au patient d’avaler lui-même une potion létale qui le fera échapper à l’enfer annoncé ?

Pour quelqu’un qui a peur de la mort : la réponse est oui, il préfère que la mort arrive d’elle-même.
Pour un religieux qui croit vraiment à une vie future, la réponse sera soit non : son dieu miséricordieux ne devrait pas être offusqué qu’il devance un peu l’appel. Soit oui si le dogme lui interdit, pour quelque raison que ce soit, d'accélérer sa fin.
Pour un athée, la réponse est non : il n’y a aucune justification à vivre une vie qui comporte plus de souffrance que de plaisir.

Lorsque le bilan devient irrémédiablement négatif, tirer sa révérence est une question de pure bon sens.

Contrairement à ce que beaucoup pensent, la réponse n’est pas médicale (un médecin qui administre une sédation terminale à la demande du malade participe tout aussi activement à la mort, bien que celle-ci soit différée et « naturelle »). ll serait hypocrite de prétendre le contraire.

Reste que la loi, qui, dans une société laïque et égalitaire, doit être la même pour tout le monde, devrait permettre toutes les options possibles en fonction des opinions, croyances et psychologies de tous les citoyens, et inclure tous les choix du laisser mourir, au vouloir mourir. Tant l’évolution des jurisprudences que les avancées juridiques ou les nécessités économiques (dont personne ne parle…) vont dans ce sens.

Avec ou sans l'ADMD, le libre choix de sa manière de mourir viendra nécessairement, mais seulement quand les tabous, la peur et les superstitions diminueront. Ce n'est pas seulement une question de législation, c'est d'abord une affaire d'état d'esprit, d'éducation, de philosophie. Et dans ces domaines votre association semble d'une pauvreté déconcertante...
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Education ou invective ?

Message  Joce le Dim 29 Juin - 19:21

Sans doute n'ai-je pas compris la stratégie de votre association...

Je constate que les pros euthanasie se défendent mal car ils exploitent des cas tragiques et médiatisés qui suscitent l’émotion et laissent les protagonistes sur leurs positions. On notera, à cet égard que l’ADMD ferait déjà mieux de faire connaître la loi Léonetti, (qui présente des avancées très intéressantes, et concerne l’immense majorité des gens), plutôt que de se focaliser sur des exceptions tragiques.

Il y a un côté morbide et opportuniste qui n’est pas gratifiant pour les gens comme moi, bien que j’adhère à la plupart des objectifs de cette association. Je suis d’ailleurs certaine que les militants de l’ADMD ne s’en aperçoivent même plus.

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ADMD et loi Leonetti ?

Message  Georges le Dim 6 Juil - 13:36

J'avoue humblement ne pas savoir ce que sont l'ADMD et la loi Leonetti dont vous parlez et qui semble être de sujets intéressants. Quel rapport avec les grands-parents ? Merci de vos informations. Very Happy

Georges
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Désolé...

Message  JEN le Dim 6 Juil - 22:19

Désolé, Georges, vous avez raison de nous rappeler à l'ordre et de demander à savoir.
- pour ce qui est de l'ADMD, le mieux est d'aller voir sur leur site web : www.admd.net
- pour ce qui concerne la loi Leonetti, celle-ci réglemente les droits des patients en fin de vie : faite "loi Leonetti" sur google et vous aurez toutes les informations utiles.
C'est seulement quand vous saurez ce que sont l'ADMD et la loi en question que vous pourrez goûter aux subtilités de notre débat, et vous apercevoir que Joce a un peu la dent dure...
Enfin le rapport avec les grands-parents : d'une part la quasi totalité des membres de l'ADMD et ceux de l'EGPE appartiennent à la même population. D'autre part, les problèmes de fin de vie sont (redoutés ou avérés) concernent plus (fort heureusement) les grands-parents que les enfants ou les petits-enfants.
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Les vertus du dialogue

Message  JEN le Lun 7 Juil - 17:16

Je trouve Joce un peu sévère avec l’ADMD, bien que je reconnaisse moi-même, (tout en en faisant partie), son discours "philosophique" pauvre et un certain sectarisme de la part des tenants de l'euthanasie.

Cette association, qui dispose de moyens financiers importants et surtout de délégués régionaux dévoués et de grande valeur, ne s’est pas donné comme priorité de faire évoluer les mentalités. Sa priorité reste l’évolution juridique qu’elle veut obtenir « en force », et non à la faveur d’un consensus populaire ou de partenariats avec les nombreuses associations qui existent en France.

Sans doute est-il plus facile d’être dans l'imprécation, le lobbying vers les parlementaires, ou de tabler sur la crainte inconsciente qu’ont les gens de souffrir à la fin de leur vie, que de faire évoluer la culture et les tabous. Le risque est cependant de s'isoler dans un discours essentiellement trop militant et pas assez formateur (c'est sans doute ce qu'a voulu dire Joce).

Je crois également, à cet égard, que la loi Léonetti est une remarquable opportunité pour commencer à faire évoluer les consciences. J’ai toujours trouvé maladroit d’en stigmatiser uniquement les insuffisances. Il aurait été plus utile de la faire connaitre, et surtout de la faire appliquer par le corps médical.

Ensuite, tout naturellement les mentalités, conduites par le bon sens, évolueront.
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Vivre dans la dignité

Message  Marilou le Mar 15 Juil - 20:34

Etant en vacances, avec un peu de temps libre, je suis ravie de trouver autant d'échanges particulièrement intéressants sur ce thème important et j'ai lu chaque intervention avec intérêt.
Pour ma part, je considère que chacun doit conduire sa vie selon une éthique qui implique le respect des autres, quels qu'ils soient.
Cette exigence étant respectée, je veux avoir le droit d'interrompre ma vie si elle est devenue inutile à mon sens et surtout avant que je ne tombe ds l'inhumanité, quelque soit la maladie ou l'accident qui a détérioré ou détériorera l'être humain actif et pensant que je veux être, jusqu'au dernier jour de mon existence.
Est-ce de l'égoïsme ?

Marilou

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Re: Vivre jusqu'au bout dans la dignité

Message  Joce le Sam 19 Juil - 12:08

Non, Marilou, ce n'est pas de l'égoïsme, c'est du bon sens ! C'est aussi une attitude vertueuse puisque vous respectez les désirs des autres.
Le problème de toujours est l'intolérance et l'envie qu'ont certaines personnes d'imposer aux autres leurs opinions, leurs croyances, comme si cela suffisait pour avoir raison.

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La fin de vie m'intéresse toujours

Message  Georges le Ven 5 Sep - 20:37

Je reviens sur ce forum après la longue absence des vacances et je vois qu'il n'a pas avancé. La question serait-elle épuisée ? je suis allé voir le site que vous m'avez indiqué ,celui de l'ADMD, leur crédo est le suivant :

"L’ADMD milite pour permettre à chacun d’avoir une fin de vie conforme à ses conceptions personnelles de dignité et de liberté.
Dans cette perspective, l’ADMD entend obtenir le vote d’une loi légalisant l’euthanasie.
Le vote de cette loi mettrait la France au diapason des législations et des pratiques belges et hollandaises, pays où la légalisation de l’aide active à mourir a eu pour corollaire le nécessaire développement des soins palliatifs de telle sorte que soit en toutes circonstances préservée la liberté de choix du patient, le recours à l'euthanasie ne devant pas être envisagé comme une alternative à un défaut d'accès aux soins palliatifs".

La cause est honorable mais le site est tristounet et les préoccupations plutôt morbides, j'ai été désorienté, et je n'ai pas tout compris de qu'ils propose concrètement.

Georges
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Re: Vivre jusqu'au bout dans la dignité

Message  Joguet le Ven 12 Sep - 16:59

Cher GEORGES
Pour information je t'envoie l'article fondateur de l'ADMD, qui permet de mieux comprendre la démarche de cette association
Joguet

Article du samedi 19 novembre 1979 de Michel LANDA paru dans « Le Monde »


Mourir
Si souffrances, misère et solitude possédaient quelque valeur vénale, il y a longtemps qu'elles auraient payé pour que le droit de mourir s'inscrive dans la Constitution, aux côtés des autres libertés reconnues, sinon toujours vécues.
Le droit de mourir dignement dans la lucidité, la tendresse, sans autres affres que celles inhérentes à la séparation et au glissement hors de cette forme de vie, ce droit devient un impératif évident, dès lors que la vie peut être prolongée jusqu'au dernier délabrement - et même au-delà.
Qui s’aviserait de dénier ce droit à quiconque ? Personne, sauf toute l’organisation sociale et notre vision de la mort. Car, qu’est-ce qui nous attend ? L’agonie et probablement la mort à l’hôpital, lieu inconnu, froid, impersonnel ; sans grandes souffrances, peut-être, mais dans l’abrutissement des drogues afin que le mourant ne dérange pas et que les survivants n’aient pas à vivre la tragédie d’une conscience qui disparaît. Une dimension essentielle de la condition humaine est ainsi occultée, nous le sentons obscurément. Et nous nous disons que la mort doit être bien terrifiante pour être ainsi escamotée.
Or, il n’en est rien. L’observation directe et de nombreuses études de “morts thérapeutiques“ ressuscités montrent, autant que faire se peut, que le passage de vie à trépas n’est en rien une catastrophe.

L’acharnement thérapeutique
Le sénateur Henri Caillavet, avec le docteur Mazart, a déposé en avril 1978 un projet de loi pour protéger de l’acharnement thérapeutique ceux qui le souhaiteraient. Amendant l’article 63 du code pénal, cette loi donnerait à l’individu le droit de ne pas finir telle une viande de laboratoire, irriguée, pompée, désintoxiquée par des machines.
Ce droit a pris des effets en Californie le 1er janvier 1977. Sept autres États des États-Unis ont, depuis, donné force de loi au droit de ne pas mourir en pelote d’aiguilles. On ne signale aucun traumatisme psychologique ou social consécutif à la mise en vigueur de ce droit.
Une telle loi, en France, serait un premier pas. Elle mettrait la dignité humaine en partie à jour de la technologie. Mais elle ne briserait qu’un des maillons des obligations sociales rigoureuses qui emprisonnent la vie du vieillard. D’autres, tel le droit à une vie sexuelle normale, commencent à se faire entendre dans l’opinion publique grâce à des études et des associations (“Panthères grises“ aux États-Unis). L’euthanasie, soigneusement codifiée et exercée avec précaution, est un autre droit qui reste à conquérir.
Mais le droit fondamental, duquel tous les autres découlent, le droit de mourir, n’est jamais abordé.
Or, comment peut-on se dire libre et maître de son destin si l’on ne peut éviter la déchéance, sinon par un suicide solitaire, préparé en secret et dont l’issue n’est jamais certaine ? Bien sûr, je ne me permettrai jamais de devenir geignard, pusillanime et capricieux comme l’oncle Machin qui réclame sa nourriture avec des cris perçants et bave en mangeant. Pas pour moi le destin de grand-mère sourde et aveugle, qui se parle avec des petits bruits effrayés et qui ne quittera son lit que pour sa tombe. Pas moi le radoteur, le gâteux, le grabataire, qui ne contrôle même plus ses sphincters, dégage une puanteur atroce et, dont les fesses ne sont qu’une plaie vive. Une visite à un “mouroir“ est fortement recommandée à tous ceux qui ne veulent pas entrer dans la vieillesse à reculons. Je leur garantis une vision saisissante de notre civilisation, une insulte à leur dignité, une remise en question fondamentale comme l’est la présence de certaines maladies mentales.

Un destin de grabataire
Assumer sa vieillesse. Pari difficile à gagner dans une société et un environnement axés sur la jeunesse, le rendement, l’efficacité, les plaisirs violents et les sensations fortes. Sur la vieillesse, notre esprit ne se nourrit que de quelques idées fermentées du XVIIIe siècle, nageant dans un bouillon de malaise, de peur et de honte louche. Avec quel étonnement le XXIe siècle n’étudiera-t-il pas notre indigence intellectuelle et notre infantilisme affectif en ce domaine ?

Aujourd’hui, la personne âgée seule, diminuée ou souffrante n’a pour seule perspective qu’une aggravation de son état, surtout si elle ne dispose que de petits revenus, ce qui est le cas pour la très grande majorité.

Beaucoup souhaitent la mort. “Ils disent cela mais n’en pensent pas un mot, répliquent les esprits obtus, la preuve est qu’ils ne se suicident pas et même se soignent avec acharnement aussi longtemps qu’ils le peuvent“. Faut-il souligner que le poison n’est pas facilement accessible et que se jeter sous un train ou par la fenêtre exige une force physique et mentale que le vieillard ne possède plus ? Cela dit, les suicides de vieillards sont plus nombreux que ne l’indiquent les statistiques, qui enregistrent très souvent les suicides comme des accidents ou comme le résultat de causes naturelles. Il faut bien ménager les familles et les institutions.

Faudrait-il assassiner quelqu’un pour bénéficier d’une mort paisible ? En effet, l’État du Texas l’accorde aux condamnés à mort. Grâce à une loi récemment promulguée, le condamné passera de vie à trépas en quelques minutes et sans douleur au moyen d’une piqûre. L’injection de thiopental de sodium, de chlorure de succinylich, de cyanure de sodium, seuls ou mélangés, fera perdre conscience en quelques secondes (International Herald Tribune, 31 août 1977). Combien de vieillards innocents voudraient pouvoir mourir aussi paisiblement !

Imaginons un instant une culture où la mort serait appréhendée comme la métamorphose qu’elle est réellement. Celle-ci serait ritualisée à l'instar de la naissance ou du mariage comme un changement d’état. Le droit de choisir l’instant de sa métamorphose serait accepté comme l’est devenu aujourd’hui, au moins légalement en quelque vingt ans, le droit pour la femme d’être maîtresse de sa fécondité.

Chacun pourra donner à sa mort le cadre et le style qui lui conviennent et exprimeront le mieux son destin propre. L’un convoquera toute sa famille, l’autre quelques intimes. On choisira de mourir un soir d’été à la campagne, au coin du feu, l’hiver, en regardant la télévision ou en écoutant Bach. “Je vois cela d’ici ! me dit un ami. C’est toute une industrie que tu appelles à naître. La mort à forfait : plusieurs formules, tout compris, à des prix très étudiés. Ah ! mourir à Tahiti dans les bras d’une jeune indigène, un seau à champagne à son coude...“

Hélas, oui. Pour affligeante qu’elle soit, cette vision est pourtant moins affreuse que celle que présentent aujourd'hui des centaines de milliers d’êtres croupissant dans la misère, la solitude et la souffrance. Par simple superstition, pour le malheur de tous ; des intéressés, évidemment, mais aussi des infirmières et gardes harassées et souvent déprimées par le contact quotidien avec des êtres déchus; pour le malheur des proches, également, angoissés par le spectacle d’un être cher qui souffre ou se dégrade, culpabilisés par leur impatience bien naturelle devant une agonie qui se prolonge sans justification.

Les objections couramment formulées à l’encontre de la liberté de mourir relèvent le plus souvent du refus de penser. Il est bien évident que, par exemple, ceux et celles qui veulent prolonger leur existence jusqu’au bout, gâtisme compris, en conserveraient le droit. Il n’est pas très difficile de concevoir des mesures préservant cette liberté-là, et d’autres qui feraient pièce aux pressions d’héritiers trop pressés.

Qui décidera ? Et les coups de cafard ? Le poison serait-il en vente libre ? Des études approfondies sont évidemment nécessaires. A titre d’indication, on peut prévoir que tout candidat au suicide soit soumis à une période de réflexion de quelques semaines durant lesquelles aide et secours seraient proposés. Si l’intéressé persistait dans son désir de mourir, il obtiendrait alors l’autorisation d’organiser son décès et de faire appel à un membre d’un corps à créer pour l’administration de la substance métamorphosante. Enfin, que l’être humain ait une étincelle divine comme le veulent les chrétiens ou non ne change rien. Le suicide, comme péché, n’a pas de fondement théologique : oeuvre de l’Église, il traduit un souci de préservation de l’institution.

Des cas de mort volontaire, ouvertement préparée, endurée avec ses proches dans la sérénité, se sont toujours produits. Les témoins en soulignent le caractère paisible et naturel. Le sentiment de perte, de deuil, ressenti par les proches est est tout aussi vivace et poignant, mais il est innocent de toute culpabilité et terreur puisqu’il s’agit d’un passage accepté et voulu.

A qui veut bien réfléchir, la liberté - et donc le droit - de mourir dignement, à son heure, selon son style, apparaîtra évident et en parfait accord avec notre sensibilité moderne. Un jour, une telle liberté sera reconnue comme une exigence morale imprescriptible et aussi impérieuse que la liberté de parler et de s’informer. Faudra-t-il attendre que les charges sociales afférentes à l’accroissement continu de la longévité et à l’acharnement thérapeutique deviennent insupportables ? Cela chargerait ce droit précieux d’une résonance sordide.

Le droit de mourir s’accompagnera d’une modification profonde et bénéfique des moeurs et des valeurs. La perspective scandaleuse d’une fin de vie solitaire, affligée, probablement nécessiteuse qui ne débouche que sur l’humiliation, l’avilissement et l’attente passive de la mort, disparaîtra. Et le plaisir de vivre, la liberté d’oser, se trouveront allégés d’une angoisse honteuse qui tenaille la plupart d’entre nous, même si nous n’en avons pas clairement conscience.

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dignité humaine ?

Message  Cécile le Sam 13 Sep - 23:59

La lecture de ces pages qui militent pour le droit de mourir dans la dignité m'inspirent quelques remarques diverses :
1) bien d'accord avec JEN, commençons par vivre dans la dignité, mais j'ajoute à la liste des nécessités humaines celle de la culture : les êtres humains ne sauraient se contenter de dormir et manger sous un toit, comme veulent nous le faire croire certaines "bonnes âmes" bien-pensantes ("de quoi se plaignent-ils ... ils n'ont que ce qu'ils méritent ... c'est déjà bien beau d'avoir un toit" etc.) sans abdiquer leur humanité ; je cède la parole à celui qui s'est battu, entre autres, pour l'ouverture de bibliothèques, l'accès à l'alphabétisation ... comme pendant nécessaire de l'accès à la nourriture. En tant que professeur de français, j'y souscris bien sûr sans réserve :

"Là où des hommes sont condamnés à vivre dans la misère, les droits de l’homme sont violés.
S’unir pour les faire respecter est un devoir sacré."
Joseph Wresinski

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2) d'accord également avec différentes remarques qui ont été faites sur la difficulté qu'il y a à définir cette dignité dans la mort ... il est probable que la tendance commune soit de s'en faire une idée "idéale", jusqu'au jour où ... qui donc choisit véritablement sa mort ? Gageons qu'avoir une mort qui nous ressemble serait déjà acceptable, dommage qu'on ne soit pas là pour en profiter Exclamation Exclamation Exclamation Je me contente d'une boutade parce que ce qui me préoccupe davantage que ma propre mort, c'est ma vieillesse, j'espère qu'elle sera acceptable et même, pourquoi pas, positive, pour moi-même comme pour mon entourage.

3) Enfin, préparer sa mort -en admettant que ce soit possible-, ce n'est pas la prévoir, et que, s'il est rassurant de la rationaliser, mon expérience est que rien ne se passe comme on l'avait imaginé : deux exemples :
- mon grand-père Jacques, encore lui !!, m'avait demandé tout à trac un jour, à table, d'intervenir si la situation se présentait : "Tu ne me laisseras pas comme ça, n'est-ce pas ?", en imitant comiquement un vieillard branlant du chef comme il avait dû en voir. J'ai promis de bon coeur et de bonne foi, à la fois angoissée et reconnaissante de cette grande confiance qu'il me témoignait, tout en repoussant bien loin cette idée et mes carottes râpées -je n'avais plus faim. Le jour venu, il s'est éteint sans qu'on me consulte : l'interne qui, par chance, l'a accueilli à l'hôpital, est un vieil ami de la famille, a pris lui-même la décision de lui administrer un léger sédatif plutôt qu'un traitement pour le "prolonger" en mauvais état. Je considère que cet anesthésiste-réanimateur a agit en véritable ami en ne le réanimant pas et en contrevenant discrètement à la loi, mais aussi en ne nous consultant pas : assurément, j'aurais vécu très difficilement d'avoir à intervenir pour qu'on le laisse mourir.
- son ami Pierre, qu'il avait depuis... 1938. Celui-ci est mort quelques années après lui, d'une façon qu'aucun de nous n'aurait imaginée : nous l'avions toujours entendu dire qu'il avait peur de la mort, aussi bien la sienne que celle, je cite, "épouvantable" (je trouve le mot approprié !!) de ses amis. Au moment venu, il a pourtant préféré la mort à la dégradation lente et a refusé de s'alimenter, bel exemple de dignité de la part de quelqu'un qui en avait si peur !!
Bref, la mort "digne" a, elle aussi, ses ambiguïtés : elle est bien imprévisible quelles que soient les précautions que l'on prend, et, quoi que bien préférable à une fin de vie "indigne", elle pèse lourdement sur les proches partie-prenante, souvent sollicités pour qu'elle soit menée à bien.

Cécile
Invité


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Re: Vivre jusqu'au bout dans la dignité

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