Le vieux professeur

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Le vieux professeur

Message  nominoë le Lun 19 Mai - 20:06

Un jour, un vieux professeur de l'École Nationale d'Administration publique (E.N.A.) fut engagé pour donner une formation sur la planification efficace de son temps à un groupe d'une quinzaine de dirigeants de grosses entreprises. Ce cours constituait l'un des cinq ateliers de leur journce de formation. Le vieux prof n'avait donc qu'une heure pour passer sa matière .
Debout devant ce groupe d'élite, qui se tenait prêt à noter tout ce que l'expert allait enseigner, le vieux prof les regarda un par un, lentement, puis leur dit: " Nous allons faire une expérience ".
De dessous la table qui le séparait des élèves, le vieux prof sortit un immense pot de verre de plus de quatre litres qu'il posa délicatement en face de lui. Ensuite, il sortit environ une douzaine de cailloux à peu près gros comme une balle de tennis et les plaça délicatement, un par un, dans le grand pot. Lorsque le pot fut rempli jusqu'au bord et qu'il devint impossible d'y ajouter un caillou de plus, il leva les yeux vers ses élèves et leur demanda: " Est-ce que ce pot est plein ? "
Tous répondirent: " Oui ! " Il attendit quelques secondes et ajouta: a Vraiment ? " Alors, il se pencha de nouveau et sortit de sous la table un récipient rempli de gravier. Avec minutie, il versa ce gravier sur les gros cailloux et remua lagèrement le pot. Les graviers s'insinuérent entre les cailloux... jusqu'au fond du pot.
Le vieux prof leva les yeux de nouveau vers son auditoire et redemanda: " Est-ce que ce pot est plein ? " Cette fois, ses brillants élèves commençaient à comprendre son manège. L'un d'eux répondit: " Probablement pas ! "
Bien ! " répondit le vieux prof. Il se pencha encore une fois et sortit de sous la table un seau de sable. Avec soin, il versa le sable dans le pot. Le sable alla remplir les espaces entre les gros cailloux et le gravier. Encore une fois, il demanda: " Est-ce que ce pot est plein ? " Cette fois, sans hésitation et en choeur, les brillants élèves répondirent: " Non! "
" Bien ! " répondit le vieux prof. Et comme s'y attendaient ses prestigieux élèves, il prit le pichet d'eau qui était sur la table et remplit le pot jusqu'à ras bord. Le vieux prof leva alors les yeux sur son groupe et demanda: " Quelle grande vérité nous démontre cette expérience ? " Pas fou, le plus audacieux des élèves, songeant au sujet de ce cours, répondit: " Cela démontre que, même lorsque l'on croit que notre agenda est complètement rempli et si on le veut vraiment, on peut encore y ajouter plus de rendez-vous, plus de choses à faire. "
" Non ! " répondit le vieux prof, " ce n'est pas cela. La grande vérité que nous démontre cette expérience est la suivante: si on ne place pas les gros cailloux en premier dans le pot, on ne pourra jamais faire entrer tous les autres ensuite. " Il y eut un profond silence, chacun prenant conscience de l'évidente pertinence de ces propos.
Le vieux prof leur dit alors: " Quels sont les gros cailloux dans votre vie ? Votre santé ? Votre famille ? Vos amis ? Réaliser vos rêves ? Paire ce que vous désirez ? Apprendre toujours et encore le plus de choses possible ? Défendre une cause ? Vous relaxer ? Prendre le temps ? Ou... tout autre chose ? Ce qu'il faut retenir, c'est l'importance que revêt le soin de mettre ses gros cailloux en premier dans sa vie; sinon on prend le risque de ne pas réussir... sa vie. Si l'on donne la priorité aux peccadilles, le gravier, le sable, on remplira sa vie de peccadilles et l'on n'aura plus suffisamment de temps et de place précieux d consacrer aux éléments importants de la vie. Alors n'oubliez pas de vous poser d vous-même la question suivante: quels sont les gros cailloux dans ma vie ? Ensuite mettez-les en premier dans votre pot, dans votre vie. "
D'un geste amical de la main, le vieux professeur salua son auditoire et, d'un pas tranquille, quitta la salle.

nominoë

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Re: Le vieux professeur

Message  JEN le Mer 21 Mai - 9:27

Cher Nominoë, merci pour ta belle histoire !
Je trouve que tu fais un peu le "Socrate", car tu apportes par ton vieux prof interposé une réponse (classer nos priorités) qui pose plus d'autres questions :
- Pourquoi tel caillou plutôt que tel autre ?
- Est-ce que 3 gros graviers valent un caillou ?
- Par quel apprentissage notre perception des priorités fluctue au cours de l'existence (amour, honneurs, sexe, altruisme...) ?
- Est-ce que les cailloux artificiels (je me permets de signaler que tu es un spécialiste de leurs effets désastreux) peuvent remplacer les naturels, comme les bons vins de nos vignes ?
- Enfin, pourquoi les cailloux du voisin sont toujours plus beaux que les nôtres !
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Socratisme ?

Message  nominoë le Mer 21 Mai - 21:11

À défaut de "faire le Socrate", proposition outrecuidante à laquelle personne de sensé ne saurait plus souscrire après cet escroc de Platon qui a déjà mangé dans la gamelle de ce dernier avec l'appétit du satrape, usons plutôt de la lumière d’une épistémologie puisant son approche dans la théorie holistique, théorie selon laquelle l'homme est un tout indivisible qui ne peut être expliqué par ses différentes composantes (physique, physiologique, psychique) considérées séparément, bref un principe d'explication globale. Toutefois, cette ambition se limite à interroger des situations, et ne saurait soutenir un système explicatif des paradoxes de l’existence. Malgré cela, une telle disposition d’esprit autorise de faire appel à l’éthique pour examiner le cours des choses. L’éthique répond à la question « comment vivre », qu’est-ce qu’une vie bonne, la meilleure vie possible pour chacun ? Elle se distingue de la morale qui apporte sa réplique à une tout autre question : « que dois-je faire ? » La morale est une et universelle, régie par le devoir ; l’éthique est personnelle, propre à chacun. Le philosophe sceptique Marcel CONCHE différencie « l’éthique, manière d’organiser librement sa propre vie, et la morale, conscience de l’existence de devoirs inconditionnels, dans la limite desquels se déploie la liberté éthique ». C'est que la subjectivité caractérise l'être humain, et lui seulement, puisqu’elle ne saurait être attribuée à un être dépourvu de conscience et de volonté et, en tant que la subjectivité signifie une attention aiguë à l’existence, elle ne saurait se dissocier de la perplexité que cette dernière suscite en chacun de nous. Toute décision transforme un doute en incertitude. Dès lors, dire que l'opinion se fait décisive, à défaut de résulter d'une décision, c'est dire qu’elle est le sommet de la subjectivité, et revient à la définir comme seul mode d’accès à la vérité, puisque seul mode d’intériorisation possible de l’incertitude objective. Ainsi, seul un intérêt renouvelé pour l'atermoiement peut vouer l'être humain à exister pleinement, c’est-à-dire à pénétrer son existence par la conscience. Sa détermination pour le suspension de la volition élève alors la position personnelle à la dimension du sublime, pour la soustraire à toute considération d’ordre moral : point n’est besoin d’apprécier la valeur de ce qui se trouve justifié par sa seule réalité ! L’homme résolu peut enfin se rapprocher de l’unique vérité pour un homme existant, c’est-à-dire de sa subjectivité. Ce qui s'impose à la conscience relève le plus souvent du sentiment personnel. En matière de point de vue, l'usage consacre l'exclusivité accordée à l'irrésistible mouvement affectif. L'homme se livre à la complaisance de sa propre subjectivité, en toute sincérité, oublieux de ce que les vérités sont toujours provisoires, lui qui pressent que le plus grand ennemi de la vérité n'est pas le mensonge, mais le mythe. C'est pourquoi notre pensée propre accorde une certaine complaisance à toutes les illusions que nous nourrissons et qui se révèlent le plus souvent contraires à celles dont on veut nous persuader qu’elles sont préférables, ce qui devient ordinairement d’autant plus nécessaire que c’est devenu plus difficile. Il faudra bien choisir entre deux désillusions : admettre ses passions comme invulnérables ou ne pas parvenir à les satisfaire. « Notre raison nous rend quelquefois aussi malheureux que nos passions ; et on peut dire de l’homme, quand il est dans ce cas, que c’est un malade empoisonné par son médecin » écrivit Chamfort. L’astuce consiste alors à remporter de faciles victoires trop aisément accessibles à notre action, travesties en courageuses entreprises, le courage étant pourtant la seule vertu impossible à contrefaire, et à présenter comme invincibles les ardeurs auxquelles on projette de s’abandonner ; puis à exhiber la rougeur de notre honte comme la marque d’une vertueuse indignation. Alors, franchement, comment envisager sérieusement l'option d'une hiérarchie des priorités sans procéder autrement qu'en se réglant sur l'expérience de la vie quotidienne, si l'on répugne à suivre le troupeau bêlant des esprits à système et si l'on refuse de souscrire à l'impuissance de jugement qu'insinue le prêt-à-penser. Si la question du traitement de la maladie d’être soi devait être tranchée, la réponse devrait faire la part de la supériorité concédée à la légitimité de la subjectivité individuelle, prélevée sur celle de la morale sociale, et la part accordée à la justification des devoirs envers soi-même dont le citoyen se voit consentir la garantie par le partage des responsabilités collectives. La réciprocité est la clé de tous les rapports humains. Na !

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Re: Le vieux professeur

Message  JEN le Jeu 22 Mai - 10:48

Je suis simplement baba.
Pas surpris par le caractère brillant de ta pensée, qui me réjouit à chaque fois que je m'y frotte, mais décontenancé par la richesse de tout ce que tu nous balances en quelques propositions concises. A telle enseigne que je me suis vu obligé, n'ayant pas ta vivacité intellectuelle, à faire un copier-coller et à imprimer ton texte, afin de m'en délecter, un stylo à la main !

Je ne saurais néanmoins te reprocher ta tendance (perverse) à saturer les pauvres neurones qui nous restent (nous sommes des grands-parents...). Je vais quand-même rendre ton texte accessible au commun des mortels, ou pour le moins plus digeste en le saucissonnant en chapitres. Nous allons voir si, en le structurant il prendra encore de la clarté, ou s'il s'affadira, ce qui signifierait que tu n'es qu'un illusionniste.

Un grand merci, nous sommes très honoré de t'avoir parmi nous !
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L'on n'est sûr de rien et l'on n'est même pas sûr que l'on est sûr de rien

Message  nominoë le Jeu 22 Mai - 22:06

Tout esbaudi par cette saine réaction dubitative, et cédant à mon irrépressible goût pour la disputatio chère à la Renaissance et mon attirance pour la polémique, je n'hésite pas à en remettre une couche.

L’humain s’affronte à l’adversité dès lors qu’il a satisfait ses besoins les plus insistants : respirer, boire, se nourrir, n’avoir ni trop chaud ni trop froid, pouvoir rêver, aimer ou détester, élever son esprit, être reconnu de ses pairs, et plus généralement jouir des circonstances de son existence. Chacune de ces exigences, une fois éloignées, entraînant l’émergence de la nécessité suivante, il semblerait qu’il n’y a manifestement pas de fin à leur assouvissement. Ce qui revient à dire que l’homme, et quand je dis l’homme, j’embrasse toutes les femmes, est ontologiquement insatisfait. Peut-être faut-il y voir les raisons de « ce besoin d’excitation intellectuelle commun à tous les peuples » évoqué par Th. GAUTIER, qui déplorait la vulnérabilité de « l’enveloppe humaine, qui a si peu de forces pour le plaisir et qui en a tant pour la douleur. » Cette disposition manifeste la légitimité d’éloigner même par des artifices la menace inéluctable de notre disparition prochaine ou lointaine, en éclipsant l’exigence des devoirs de se préoccuper de l’avenir immédiat. À l’heure de sa mort, les derniers mots que Sigmund Freud tracera seront ceux-ci : « La maigre satisfaction qu’un homme peut extraire de la réalité le laisse mourant de faim. »

Ces dispositions expliquent à mon sens l'avènement de l’adulescence, qui fait que l’adolescence commence bien plus tôt pour finir encore plus tard. On ne s’en étonnera guère si l’on s’autorise à considérer que notre société consumériste qui se contentait jusque-là de traiter les adultes comme des enfants, a conçu de traiter désormais les enfants comme des adultes. Ces derniers se comportent bien envers les animaux domestiques comme s’ils étaient des enfants. Il s’en trouve même pour parler aux plantes vertes. Cette société qui, à force d’opiniâtre volonté de sécurisation, infantilise les citoyens en s’attachant à les protéger contre eux-mêmes, les culpabilise dans le même temps de devoir nécessiter une telle attitude protectrice, et passant outre sans vergogne quand ils y rechignent. Et les enfants, qui pour des mouflets intelligents ne sont pas si bêtes que ça, paraissent avoir bien compris que leur intérêt était de devenir comme des adultes le plus rapidement possible afin de retrouver au plus vite le monde merveilleux de l’enfance irrésolue qu’il leur sera de toute façon imposé tôt ou tard de regagner. Dès qu’ils cessent d’être des nains, les enfants deviennent les porte-paniers de la falsification des conventions dont ils découvrent la supercherie, et les implacables notaires de la pénible succession qui leur échoit en héritant du monde décevant que les grandes personnes renâclent par surcroît à partager avec eux, tout en leur faisant des procès d’intention.

Rappelons ici que l’adolescence, qui désigne l’aspiration à définir seul sa propre vie, n’apparaît pas dans nos sociétés avant 1950, que c’est une construction sociale fonctionnant comme un animal sémantique attirant à lui des caractéristiques dont le flou pragmatiste prétend délimiter un âge aux contours imprécis. Ceci ne préjuge pas des moyens appliqués à la mise en oeuvre de l’idéologie de l’épanouissement individuel qui exige que l’on poursuive activement la conquête de son identité et de sa réussite. L’homme lui-même, chose parmi les choses, jouet de ses états d’âme et de ses perceptions, s'épanouit dans une illusion du réalisme que toutes les ignorances et tous les totalitarismes concourent à nommer son « soi », son « être véritable » et autres mutilantes balivernes. le modèle identitaire contemporain où le devoir d’excellence est complètement individualisé, les images de destruction de soi véhiculées par le spectre de la dépendance constituent la démonstration même de l’échec identitaire et deviennent une image du pire social : « rater sa vie ».

On mesurera sans difficulté la minceur de l’avantage existentiel obtenu grâce à la substitution à l’insupportable tyrannie d’autrui par le délicieux despotisme de soi-même . Ce supplément d’âme est fait de la dérisoire supériorité du choix effectué d’un nouveau tourment à la place de celui commis d’office. Sur notre sujet, André ISAAC, dit Pierre DAC, inégalable fondateur de la philosophie loufoque, génial inventeur du biglotron et ardent promoteur de la gynécologie dans l'espace, préconise le bon sens : « Les bons crus font les bonnes cuites », ou bien : « Si la matière grise était rose, plus personne n'aurait d'idées noires ». Une sagesse indéniable, qui montre bien qu'il n'y a pas d'humour sans poésie, comme il n'y a pas d'amour sans caresse. C’est à l’intelligence qu’il appartient de juger et de rendre compte des choses absentes, que le temps et l’espace éloignent de nous. Et en cela, les sens nous suffisent à témoigner de ces choses, parce qu’ils ne sont pas capables de nous contredire et qu’en outre ils affichent et confessent leur imbécillité et leur insuffisance en entretenant la confusion entre le désir et le manque. En revanche, chez les bouddhistes zen de l'École du Sud, pour en savoir plus sur la pratique de la claire lumière, c’est-à-dire de la sagesse fondée sur l’indistinction entre l’essence et l’existence, on dit avec humilité et humour « qu’il est bon de contempler le bleu du ciel et d’aller en parler avec un spécialiste. »

C'est aussi que le monde constitue un écrin peu digne des joyaux pour lesquels certains de ceux qui s’y inscrivent se prennent follement parfois, semblables au ver de terre qui se persuade que la Terre lui appartient. Ils se montreront toujours disposés à porter plainte contre autrui à cause de ce qu’ils ne sont pas parvenus à devenir par eux-mêmes. C'est une question de point de vue. « Au lieu de me plaindre de ce que la rose a des épines, je me félicite de ce que l'épine est surmontée de roses et de ce que le buisson porte des fleurs » écrivait joliment Joseph JOUBERT. Ainsi, le bien-être se trouve réduit à ne désigner que l’état d’esprit produit par la contemplation des ennuis d’autrui, surtout quand ils sont la conséquence de leurs abus scandaleux. Notons au passage que cette disposition permet par surcroît de leur attribuer bassement les actions vicieuses que l’on n’a pas eu la tentation, l’opportunité, ou l’intrépidité de commettre soi-même. Mais franchement, n’est-il pas également un peu ridicule de voir ce nombre non négligeable d’hommes et de femmes, lorsqu’ils ont trop mangé, trop bu, trop joui, trop fumé, trop veillé, appeler auprès d’eux pour un mal de tête le médecin, l’invoquer comme un dieu, lui demander le miracle de faire subsister ensemble l’intempérance et la santé, et donner un écu à ce dieu qui rit de leur faiblesse. C’est ainsi que nous pouvons nous montrer capables de nous laisser précipiter hors de nos résolutions comme de frêles esquifs ballottés au gré des vagues de l’océan de la convoitise, et jouir sans aucune vergogne pour ensuite se rabaisser à piétiner le remords.

On peut donc librement faire de soi-même son meilleur ami. Un ami, c’est quelqu’un qui vous connaît bien et qui vous aime quand même. Un ami, c’est quelqu’un qui vous aide à enterrer le cadavre sans poser de questions. Mais un ami intime trop bienveillant est capable de parvenir à saborder toutes vos autres relations privilégiées, et s’accrocher à vous pour une exclusivité qu’il impose, que l’on ne réussit plus à décramponner. Et la réciproque n’est pas rare. On peut facilement faire de soi-même un prisonnier qui ne vous lâche plus. Et de la sorte, créer une histoire à laquelle on croirait de plus en plus afin de pouvoir continuer à l’inventer. C'est ainsi que pour éviter d’aller en enfer, certains ont la bonne idée d’inviter le diable à la maison. Certes,il peut sembler légitime de déverrouiller la porte de la geôle de l’identité, mais cette porte donne sur la cour de la prison.« Il est plus facile de mourir de ses contradictions que de les vivre » a écrit Albert CAMUS.

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Re: Le vieux professeur

Message  Philippe le Lun 26 Mai - 10:57

En vous traitant de Socrate, JEN vous a fait un superbe compliment, il n'est pas très loin de la réalité.
Vous posez plus de questions et de paradoxes que vous n'apportez de réponses.
C'est une tactique astucieuse sur un forum où par définition, on trouve plaisir à discuter.
Je constate que vous avez fait un énorme progrès en mettant des paragraphes, ajoutez nous des sous-titres et nous serons comblés!
Bonne journée.

Philippe
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Re: Le vieux professeur

Message  JEN le Mar 27 Mai - 17:38

Sachant que "sans liberté de flatter, il n'est pas d'éloge blâmeur", je me permettrai de te dire que ton analyse, celle d'un cynique bienveillant, si elle ne manque pas de panache, manque de continuité dans l'effort intellectuel et de justesse.
Aussi, me permettrais-je une vive critique. Tu cites certaines propositions :
« Les bons crus font les bonnes cuites », mais les mauvais aussi, ton raisonnement est donc réduit à néant. Ou bien : « Si la matière grise était rose, plus personne n'aurait d'idées noires ». mais mon pauvre ami, si la matière grise était rose nous serions tous pédés, ce qui induirait une regrettable extinction de cette prodigieuse espèce que Dieu a créé à son image (à moins que nous ayons une largeur d'esprit suffisante pour tolérer une déviance aussi coupable que le deviendrait l'hétérosexualité, pratique désormais dégoûtante de personnes de sexes que tout sépare).

Tu parles aussi des bouddhistes zen de l'École du Sud. Je t'arrête : et des bouddhistes de l'Ecole du sud-ouest ?

J'ai retenu aussi "le troupeau bêlant des esprits à système et... l'impuissance de jugement qu'insinue le prêt-à-penser". Je suis beaucoup plus indulgent que toi envers nos frères humains. Le troupeau bêlant des esprits sans systèmes serait encore plus pénible. Au moins, avec ceux qui ont un système, on sait à quoi s'en tenir, mais les autres ? D'autant qu'on a impérativement besoin de systèmes : morale, famille, politique, économie, législation... sont autant de cadres qui, pour aussi imparfaits soit-ils, nous permettent à vivre en société.

Enfin, le "prêt-à-penser" : c'est quand-même de la pensée, certes peu originale et peu féconde, mais c'est le lot des gens ordinaires comme moi, qui doivent tout leur savoir à l'école communale et à notre bonne république. Reconnais qu'avant d'avoir la moindre autonomie de jugement, il nous a fallu nous émanciper de tout ce que nous avons appris, qui nous a modelé, formaté, conditionné. Nous sommes les purs produits de notre culture, de notre éducation. Même les mots que nous utilisons ne sont pas tout-à-fait les nôtres, puisque ce sont ceux de nos parents, de notre entourage, qu'ils nous ont mis dans la tête, sans qu'on s'en aperçoivent. Pour vraiment sortir du "prêt-à-penser", il faudrait inventer des pensées nouvelles, avec des mots nouveaux... mais qui nous comprendrait alors ?

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aux vives critiques, reconnaissance émue

Message  nominoë le Mer 28 Mai - 12:20

Tant pis pour les sous-titres que suggérait Philippe. Je n'en ai pas trouvé, sous prétexte de ne pas en avoir cherché.
Reprenons point par point, quoique ce ne soit pas ma forme de raisonnement préférée, les subtilités de JEN.
Pour les bons crus, apprenons à cet absthème que les mauvais crus rendent malade . Il le saurait si il en avait bu.
Pour la couleur rose, il se révèle parfois qu'elle puisse convenir à qualifier la vie, tout simplement, en lui attribuant la douceur, la délicatesse et la tendresse à laquelle elle peut être associée, et dont la communauté homosexuelle ne détient pas le monopole.
Si dieu, minuscule, a créé l'homme à son image, il ne mérite certes pas une décoration. D'ailleurs la police a heureusement réussi à mettre la main dessus le septième jour, d'après les textes anciens que les esprits à système sacralisent. Et pour ceux qui y croient, i.e. ceux qui croient à ce qu'ils ont inventé, et qui redoutent de ne plus y croire, ils ont sans doute bien mérité d'être persécutés par les chimères qu'ils abritent sous leur crâne.
Je ne connais pas l'École du Sud-Ouest. Mais Hui-Neng, de l'École du Sud aurait certainement apprécié ce trait d'humour décapant, dont le procédé n'est cependant pas un exemple de créativité, mais qui gagne en efficacité ce qu'il perd en innovation, et qui vaut son poids de riz complet.
L'indulgence de JEN pour les systèmes dénonce significativement un esprit ordonné et rationnel, associé à des qualités humaines respectables pour leur altérité congrue, qui ne devrait toutefois pas abuser de sa vive intelligence en la mettant au service des consensus, qui rappelons-le, sont la forme moderne de l'auto-censure. Succomber à la tentation de l'irrévérence et à celle de l'incongruité est un pur plaisir, qui se passe aisément de système.
Enfin, pour le "prêt-à penser", effaçons-nous devant Jean-Paul Sartre qui a pensé comme JEN en écrivant : "Nous ne sommes pas faits de ce que l'on a fait de nous, mais de ce que l'on a fait de que l'on a fait de nous." Et si les mots que nous employons pour entretenir les malentendus qui nous divisent, dans l'intention de les dissiper, ne nous appartiennent pas, ils n'appartiennent à personne d'autre non plus, mais à ceux qui s'en emparent et parviennent à en jouir béatement.
L'homme est un pur produit de l'évolution et de l'entropie. Il n'y a en effet pas de quoi se vanter.

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Message  pascale le Ven 13 Juin - 19:55

Bonjour

Bravo pour cette belle histoire ! pleine de subtilités et d'intelligence

Cordialement,

pascale

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Le retour du "vieux professeur"

Message  philippe le Lun 11 Aoû - 16:16

S'il est normal qu'un vieux professeur prenne quelques vacances, on aimerait le revoir bientôt, ainsi que Nominoé, même s'il nous déroute un peu parfois...

philippe
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Le vieux professeur

Message  nominoë le Ven 15 Aoû - 12:15

Le vieux professeur est en vacances à la campagne, mais on lui a raconté une histoire :

Il était une fois un garçon avec un sale caractère. Son père lui donna un sachet de clous et lui dit d'en planter un dans la barrière du jardin chaque fois qu'il perdrait patience et se disputerait avec quelqu'un. Le premier jour il en planta 37 dans la barrière. Les semaines suivantes, il apprit à se contrôler, et le nombre de clous plante dans la barrière diminua jour après jour : il avait découvert que c'était plus facile de se contrôler que de planter des clous.

Finalement, arriva un jour où le garçon ne planta aucun clou dans la barrière. Alors il alla voir son père et il lui dit que, pour ce jour, il n'avait planté aucun clou. Son père lui dit alors d'enlever un clou dans la barrière pour chaque jour où il n'aurait pas perdu patience. Les jours passèrent et finalement le garçon put dire à son père qu'il avait enlevé tous les clous de la barrière.

Le père conduisit son fils devant la barrière et lui dit : "Mon fils, tu t'es bien comporté, mais regarde tous les trous qu'il y a dans la barrière. Elle ne sera jamais comme avant. Quand tu te disputes avec quelqu'un et que tu lui dis quelque chose de méchant, tu lui laisses une blessure comme celle là. Tu peux planter un couteau dans un homme et après le lui retirer, mais il restera toujours une blessure. Peu importe combien de fois tu t'excuseras, la blessure restera. Une blessure verbale fait aussi mal qu'une blessure physique. Les amis sont des bijoux rares, ils te font sourire et t'encouragent. Ils sont prêts à t’écouter quand tu en as besoin, ils te soutiennent et t'ouvrent leur cœur. Montre à tes amis combien tu les aimes. Et efforce-toi de les conserver en leur présentant une disposition d'esprit propre à faire naître en eux le désir de la réciprocité."

Pour faire bonne mesure : "Un ami, c'est quelqu'un qui vous connaît bien et qui vous aime quand même, et qui vous aide à enterrer le cadavre sans poser de questions."

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Sublime leçon

Message  JEN le Mar 19 Aoû - 13:24

Merci pour cette sublime leçon. Elle me montre, à moi qui ne suis qu'un laborieux philosophe amateur, que l'on peut introduire dans une parabole, une portée symbolique de grande force, qui vaut souvent mieux que de longues démonstrations.

Il est vrai que l'amitié est une des plus belles choses qui soit. Avoir avec un autre une proximité intellectuelle, une complicité sentimentale et une absolue confiance est un privilège unique. Mais les occasions d'en témoigner sont rarement données car les gens qui sont animés de la grâce que constitue le don d'amitié, sont souvent freinés par une certaine pudeur, et n'ont pas tous les jours un cadavre à enterrer, pour l'éprouver...


Ceci dit le "test du cadavre" est excellent pour évaluer ses amis !
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remarque d'un autre vieux professeur...

Message  Robert J le Ven 21 Nov - 11:33

Nominoe,
J'ai beaucoup apprécié cette parabole du vase dans lequel il faut commencer par mettre les gros cailloux avant le gravier... C'est une belle illustration de la nécessité de hiérarchiser les choses de la vie, en partant de l'essentiel pour aller vers ce qui l'est moins.

J'aurais aimé exposer cette approche de la conduite de sa vie à mes étudiants !

Robert Jovy
Un vieux professeur

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Bons sentiments

Message  nominoë le Ven 13 Mar - 13:09

Depuis que Laennec a inventé le stéthoscope, démontrant grâce à ce génial instrument l'écho des émois internes, si la connaissance de soi-même rencontre autant de difficultés à se pratiquer, c’est peut-être parce que se tourner vers la « vie intérieure » fait fermer les yeux, renoncer à toute action, sortir de la vie courante. Dans le meilleur des cas, cela nous conduit à la confirmation que nous connaissons mieux nos propres besoins que ceux des autres. Satisfaire les siens relève de la bonne gestion. Et il devient ainsi plus facile d’être généreux que de ne pas le regretter. Cela nous amène à ce principe courant : qui aime veut venir en aide à l’objet aimé. Mais le désir spontané de voler au secours d’autrui ne présuppose pas forcément l’existence d’une relation amoureuse individuelle. Au contraire, l’altruisme qui pousse à venir en aide à un inconnu est considéré comme une manifestation d’une particulière noblesse. Cette aide altruiste constitue un idéal élevé et — dit-on — contient en elle-même sa propre récompense. Par ailleurs, la charité a toujours soulagé la conscience des riches, bien avant de soulager l’estomac du pauvre.

Comme toute autre attitude noble, l’altruisme, l’aide désintéressée sont susceptibles de dépréciation à la lueur blafarde de la pensée. Pour mettre en doute la pureté altruiste, il suffit de se demander si l’on ne possède pas, dans le fond, des mobiles cachés. Cette bonne action n’était-elle pas un dépôt de fonds sur son compte personnel en paradis ? Ne visait-elle pas à en mettre plein la vue à des tiers ? Voulait-on se faire admirer ? Contraindre quelqu’un à la gratitude envers soi, en faire, comme on dit si bien, son « obligé » ? Ne cherche-t-on pas plus simplement à atténuer quelque sentiment de culpabilité ? Il n’existe manifestement pas de limite au pouvoir de la pensée négative, il suffit de chercher pour trouver.

L’homme, par nature, n’aimerait que lui, et ce serait la sauvagerie ; mais les liens de société l’obligent à compter avec les autres, et à les aimer pour lui, tant qu’enfin il arrive à croire qu’il les aime pour eux. Il existe un bon nombre d’ouvrages, assez ingénieux, où l’on explique assez bien le passage de l’amour de soi à l’amour d’autrui ; et avouons que si l’on commençait par la solitude et l’amour de soi, on arriverait bientôt à aimer ses semblables. L’égoïsme est un fruit de la civilisation, non de la sauvagerie ; et l’altruisme aussi son correctif ; mais l’un et l’autre sont plutôt des mots que des réalités. Le vrai paternalisme, c’est d’aimer les autres pour soi-même. L’amour a cependant du bon. On lui doit, dans la jeunesse, des heures d’illusion charmante, des croyances vite déçues, et des douleurs aussi, rarement fécondes. De plus, il invite l’homme à des actes anormaux, les uns tragiques, les autres comiques, tous ou presque tous d’une démence significative, dont l’étude est intéressante, mais trop encombrée. Enfin, il continue l’espèce, malgré lui. L’amour est à la fois délicieux, extravagant, déshonorant, abêtissant, criminel et reproducteur. Il est donc juste qu’il ait dans nos préoccupations la place importante qu’il occupe dans la vie.

C’est ainsi que l’on peut penser au grand mal que font tous ceux qui aident. Sans leur appui, on doit se débrouiller seul, à faire un effort supplémentaire, à s’affirmer, etc. On aurait produit davantage, alors que, toutes les fois qu’on a été aidé, on en a profité pour ne rien faire. On comprend la stérilité des fils à papa. Pourquoi se démener pour entreprendre quoi que ce soit ? Les animaux de luxe ne valent rien... comme animaux. De même l’homme qui n’est pas coincé ; il n’a pas besoin de faire un effort sur soi ou contre autrui, il se laisse aller et voit les années passer sans fruit. C’est l’immoralité de la philanthropie. Et l’on devrait peut-être se contenter de n’avoir pas tant à nous servir des services que nous rendent nos amis, que de l’assurance que nous avons de ces services, de crainte d’une cruelle désillusion.

Être aimé, dans la meilleure des circonstances, est quelque chose de bien mystérieux. Mais il ne sert à rien de chercher à s’enquérir, car les questions ne font que brouiller plus encore le sujet. Au mieux, l’autre est incapable de vous dire pourquoi. Au pire, ses raisons de vous aimer se révèlent des choses qu’il ne vous serait jamais venu à l’esprit de trouver aimables. Une fois encore, on se rend compte, trop tard, que le silence est d’or. C’est pourquoi il ne faut jamais accepter en toute simplicité et gratitude ce que la vie peut nous offrir à travers l’affection d’un congénère. Il faut supputer. Se demander, plutôt que lui demander, ce qu’il peut bien trouver en nous. Car il faut qu’il y ait un intérêt ou quelque autre raison égoïste qu’il n’est pas près de nous révéler. »

L’amour, avec ce mot on explique tout, on pardonne tout, on valide tout, parce que l’on ne cherche jamais à savoir ce qu’il contient. C’est le mot de passe qui permet d’ouvrir les cœurs, les sexes, les sacristies et les communautés humains. Il couvre d’un voile prétendument désintéressé, voire transcendant, la recherche de la dominance et le prétendu instinct de propriété. C’est un mot qui ment à longueur de journée et ce mensonge est accepté, la larme à l’œil, sans discussion, par tous les hommes. Il fournit une tunique honorable à l’assassin, à la mère de famille, au prêtre, aux militaires, aux bourreaux, aux inquisiteurs, aux hommes politiques. Celui qui oserait le mettre à nu, le dépouiller jusqu’à son slip des préjugés qui le recouvrent ne serait pas considéré comme lucide, mais comme cynique. Il donne bonne conscience, sans gros efforts, ni gros risques, à tout l’inconscient. Il déculpabilise, car pour que les groupes sociaux survivent, c’est-à-dire maintiennent leurs structures hiérarchiques, les règles de la dominance, il faut que les motivations profondes de tous les actes humains soient ignorées. Leur connaissance, leur mise à nu, conduirait à la révolte des dominés, à la contestation des structures hiérarchiques. Le mot d’amour se trouve là pour motiver la soumission, pour transfigurer le principe du plaisir, l’assouvissement de la dominance. L’amour est encore une forme de l’intérêt. Ce qu’on aime dans un autre, c’est soi, c’est son plaisir, c’est le plaisir qu’on lui donne et qui est encore une forme du nôtre.

Terminons avec Michel Emil CIORAN : « Aimer son prochain est chose inconcevable. Est-ce qu’on demande à un virus d’aimer un autre virus ? »

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Re: Le vieux professeur

Message  Jacques le Sam 9 Mai - 13:47

Salut Nominoë
Je constate avec plaisir que tu es toujours aussi volubile, ce que tu nous offres est très beau surtout :

"L’amour, avec ce mot on explique tout, on pardonne tout, on valide tout, parce que l’on ne cherche jamais à savoir ce qu’il contient. C’est le mot de passe qui permet d’ouvrir les cœurs, les sexes, les sacristies et les communautés humains. Il couvre d’un voile prétendument désintéressé, voire transcendant, la recherche de la dominance et le prétendu instinct de propriété. C’est un mot qui ment à longueur de journée et ce mensonge est accepté, la larme à l’œil, sans discussion, par tous les hommes. Il fournit une tunique honorable à l’assassin, à la mère de famille, au prêtre, aux militaires, aux bourreaux, aux inquisiteurs, aux hommes politiques. Celui qui oserait le mettre à nu, le dépouiller jusqu’à son slip des préjugés qui le recouvrent ne serait pas considéré comme lucide, mais comme cynique. Il donne bonne conscience, sans gros efforts, ni gros risques, à tout l’inconscient. Il déculpabilise, car pour que les groupes sociaux survivent, c’est-à-dire maintiennent leurs structures hiérarchiques, les règles de la dominance, il faut que les motivations profondes de tous les actes humains soient ignorées. Leur connaissance, leur mise à nu, conduirait à la révolte des dominés, à la contestation des structures hiérarchiques. Le mot d’amour se trouve là pour motiver la soumission, pour transfigurer le principe du plaisir, l’assouvissement de la dominance. L’amour est encore une forme de l’intérêt. Ce qu’on aime dans un autre, c’est soi, c’est son plaisir, c’est le plaisir qu’on lui donne et qui est encore une forme du nôtre."

C'est du bonheur à l'état pur. J'aurais bien envie de te dire la profonde affection que j'ai pour toi, mais je ne le ferai pas car tu risque de me dire que cette inclination n'est que le résultat d'une projection narcissique.

Par contre la formule de Cioran est contestable car les virus n'ont pas besoin les uns des autres, ils ne sont pas sexués : aucun besoin pour eux de se faire la cour comme chez nous humains, d'être en compétition, ou d'avoir à réfléchir pour remplir leur vocation de virus.

Jacques

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